
Conciliation vie privée-vie
professionnelle : la Belgique
Anne-Marie
Dieu
HEC-Université de Liège
Unité de recherche EGID
Les
règles et mécanismes en matière de conciliation
des temps
La
conciliation des temps professionnels, familiaux et privés
en Belgique est organisée selon différents mécanismes.
Les règles générales sont susceptibles
d’être améliorées selon le secteur
ou l’entreprise dans laquelle on travaille via des Conventions
Collectives de travail spécifiques. Par ailleurs, les
régions développent des mesures complémentaires
(par exemple en matière de crédit temps ou d’aide
à certains types de familles). La matière est
donc complexe et mon exposé se basera sur les normes
minimales fédérales obligatoires.
Il
ressort de l’ensemble des données la constante
de différences importantes, dans la manière
de concilier vie professionnelle et vie privée, entre
les hommes et les femmes. Quelques timides tentatives du gouvernement
belge vont dans le sens d’une amélioration des
mécanismes (amélioration du congé parental
et allongement du congé de paternité) mais beaucoup
de chemin reste à parcourir permettre une conciliation
des temps satisfaisante et égalitaire.
Pour
comprendre les chiffres qui vont suivre il est utile de savoir
que sur les 4 139 000 de personnes en emploi en Belgique,
2 468 000 le sont dans le secteur privé et associatif
et 735 000 dans le secteur public, dont 461 300 fonctionnaires
. Notons aussi que l’emploi à durée déterminée
touche 7,8 % de l’emploi salarié et est plus
répandu dans le travail à temps partiel.
1.
Etat des lieux
Le
temps partiel
Données
|
|
|
|
1995 |
2003 |
1997 |
1998 |
1999 |
2000 |
2001 |
2002 |
2003 |
2004 |
| Hommes
et femmes |
15,4% |
15,9% |
16,8% |
17,8% |
19,5% |
20,0% |
19,5% |
20,3% |
21,6% |
22,6% |
| Hommes |
3,1% |
3,2% |
3,6% |
4,0% |
5,0% |
5,4% |
5,1% |
5,6% |
6,4% |
6,9% |
| Femmes |
33,4% |
34,0% |
35,2% |
36,8% |
39,1% |
39,3% |
38,5% |
39,5% |
41,0% |
42,4% |
| Nombre
de salariés avec emploi à temps partiel par rapport
au nombre total des salariés. |
|
Raison
principale de travailler à temps partiel |
Hommes |
Femmes |
| (Pré)pensionné,
ne peut travailler qu'à temps partiel |
3,9% |
0,5% |
| Ne
trouve pas d' emploi à temps plein |
31,3% |
20,2% |
| A
un autre emploi (à temps partiel) en complément |
6,1% |
1,6% |
| Formation
alternée (travail et apprentissage à temps partiel) |
10,2% |
1,2% |
| Ne
peut travailler à temps plein pour raisons de santé |
6,1% |
2,2% |
| Doit
s'occuper de ses enfants |
3,5% |
29,1% |
| Autres
motifs d'ordre personnel ou familial |
14,5% |
25,7% |
| Ne
souhaite pas d'emploi à temps plein |
6,6% |
9,3% |
| Autre
motif |
17,8% |
10,2% |
| Total |
100,0% |
100,0% |
| Premier
semestre 2001. |
Si
l’on s’intéresse à la répartition
des travailleuses à temps partiel selon le motif, la
première raison invoquée par les femmes est
liées à la garde des enfants (29,1%) et à
des motifs personnels et familiaux (25,7%), la troisième
raison est le fait de ne pas avoir trouvé d’emploi
à temps complet (20,2%) .
Pour
les hommes, la principale raison invoquée est le fait
de n’avoir pas trouvé d’emploi à
temps plein (31,3%). Les raisons familiales et personnelles
sont citées par 14,5% des travailleurs interrogés.
Seuls 3,5% des hommes travaillant à temps partiel évoquent
la garde des enfants.
On
constate donc que les raisons du travail à temps partiel
sont très différentes selon le sexe et reflètent
l’inégalité persistante dans la répartition
des tâches familiales.
Une
première conséquence de cette dominante féminine
dans le travail à temps partiel est bien entendu une
plus grande faiblesse des revenus féminins par rapport
aux revenus masculins et donc d’une part, une dépendance
financière des femmes dans le ménage et un plus
grand risque de paupérisation des femmes en cas de
rupture ou de décès du conjoint.
Une
deuxième conséquence du travail à temps
partiel sur une longue période de la carrière
est la difficulté d’accéder à des
postes à responsabilité et le confinement des
femmes dans des secteurs d’activité moins considérés
et moins rémunérés.
Enfin,
une troisième conséquence, et non des moindres
est que les femmes entrent beaucoup moins souvent en ligne
de compte pour bénéficier de systèmes
de pension qui se fondent largement sur des conditions inhérentes
à la carrière. Il a en effet été
constaté que 30 % des femmes ayant une carrière
de plus de 30 années n'atteignent pas le minimum de
pension (le droit au minimum de pension requiert 30 années
d'occupation à temps plein), contre 8,5 % chez les
hommes.
Les
congés spécifiques
Le
congé de maternité
Principe
L’employeur
est obligé d’accorder le congé de maternité.
Il est de 15 semaines, dont une à prendre obligatoirement
avant l’accouchement (congé prénatal)
et 9 à prendre obligatoirement après l’accouchement
(congé postnatal). Les 5 autres semaines de congé
sont « flottantes » c’est-à-dire
que la travailleuse peut choisir de les prendre avant la date
présumée de l’accouchement ou après
celui-ci. En cas de maladie dans les 6 semaines précédant
l’accouchement, le congé d’accouchement
se voit réduit du nombre de journées d’absence
pour maladie. En cas de naissances multiples, la travailleuse
peut demander un prolongement de son congé de maternité
de deux semaines prénatales et de deux semaines postnatales.
L’employeur paie le premier mois du congé de
maternité, à concurrence de 82% du salaire non
plafonné. Ensuite, le montant de l’indemnité
est pris en charge par la mutualité et est fixé
selon un pourcentage décroissant de la rémunération
(75% jusqu’à la 15e semaine, 60% au-delà)
avec un plafond par jour . Ce régime est un des moins
favorable d’Europe.
Nombre
de naissances en Belgique :
|
|
2004 |
| Belgique |
115.618 |
| Garçons |
59.429 |
| Filles |
56.189 |
| Région
de Bruxelles-Capitale |
15.173 |
| Garçons |
7.799 |
| Filles |
7.374 |
| Région
flamande |
62.374 |
| Garçons |
32.061 |
| Filles |
30.313 |
| Région
wallonne |
38.071 |
| Garçons |
19.569 |
| Filles |
18.502 |
Commentaires
:
Un
problème propre à la Belgique est celui de la
diminution du congé de maternité en cas de maladie
de la maman survenant dans les 6 semaines précédant
l’accouchement. Dans ces cas, il ne reste alors que
9 semaines post-natales à la maman, ce qui est très
peu pour récupérer physiquement et psychologiquement
et tisser le lien mère-enfant. Mettre un enfant de
9 semaines en milieu collectif n’est pas l’idéal
non plus.
Les
mamans exerçant une activité indépendante
ont droit actuellement à 6 semaines de congé
de maternité rémunérées et à
une aide pour l’engagement d’un remplaçant.
Au-delà, rien n’est prévu.
En
2005, le gouvernement a pris une mesure qui permet aux parents
d'un enfant hospitalisé à la naissance de prolonger
le congé post-natal du nombre des jours d'hospitalisation
du bébé (après les 7 premiers jours d’hospitalisation)
avec un maximum de 21 semaines. C'est bien entendu une mesure
appréciable. Mais c'est oublier que dans de nombreux
cas d’enfants gravement malades ou handicapés,
le retour à la maison ne signifie pas la fin des soins
et de la nécessité d'une présence parentale.
En effet, bien souvent, de brefs séjours à l'hôpital
pour examens et soins spécifiques alternent avec des
séjours à la maison. Ces enfants gravement malades
ou à handicap important ne peuvent pas être accueillis
dans des milieux d'accueil classiques.Les milieux d'accueil
spécialisés sont rares et ne sont en général
pas appropriés aux tout-petits.
Par
ailleurs, contrairement à d'autres pays, la Belgique
ignore totalement les difficultés particulières
des grossesses gemellaires ou de triplés et des suites
de ces naissances multiples. Ces grossesses nécessitent
en effet un suivi particulier et un repos de la maman bien
avant le terme. Après la naissance, il s'agit de gérer
une situation hautement épuisante. Or, tant dans les
cas de naissance de jumeaux que de triplés, la maman
a droit (sur demande !) à seulement deux semaines de
congé prénatal et deux semaines de congé
postnatal supplémentaires !
En
termes d’aide aux familles, une aide familiale à
plein temps (en semaine) et une aide ménagère
à mi-temps sont mises à disposition, pendant
3 ans, des familles accueillant des triplés (65 cas
par an en Belgique).
Par
contre, l’Etat fédéral ne prévoit
rien pour les familles accueillant des jumeaux (1000 cas par
an) ou des naissances rapprochées.
En
Wallonie, une aide-ménagère à mi-temps
est accordée sur introduction d’un dossier pour
les naissance gemellaires et pour une famille accueillant
un bébé alors que les deux aînés
n’ont pas atteint l’âge de 2,5 ans, ce qui
reste très limitatif.
Le
congé de paternité
Principe
L’employeur
est obligé d’accorder le congé de paternité.
Depuis 2002, il est de 10 jours ouvrables, à prendre
dans les 30 jours suivants l’accouchement. Les dix jours
peuvent être pris en une seule fois ou de manière
échelonnée. Pour avoir droit à sa rémunération,
le travailleur doit avoir informé au préalable
l’employeur de l’accouchement. Si cela n’est
pas possible, il doit l’avertir le plus rapidement possible.
Les 3 premiers jours du congé sont payés par
l’employeur. Au cours des 7 jours suivants, le travailleur
ne reçoit pas de rémunération mais une
indemnité lui est versée via les institutions
de paiement de l’assurance soin de santé. Le
montant de cette allocation s’élève à
82% du salaire brut (plafonné).
Commentaires
On
n’est pas encore arrivé en Belgique au «
mois du père » , mais un progrès a été
réalisé en la matière et il faute espérer
que ce n’est qu’une étape vers une réelle
prise de conscience du rôle du père vis-à-vis
du nouveau-né mais aussi comme soutien à la
maman. Le congé de paternité commence à
être accepté dans les mentalités, même
si des enquêtes révèlent que la pression
du milieu professionnel amène encore une série
de papas à renoncer à ces 10 jours auprès
de leur famille.
Le
congé parental, le congé pour soins palliatifs
et le congé pour assistance médicale
Principe
Le
congé parental :
Toute
personnes salariée à temps plein dans le secteur
privé peut introduire une demande de congé parental
lorsqu’il est parent d’un enfant de moins de 6
ans et qu’il est engagé dans l’entreprise
depuis 12 mois au moins. Lorsque l’enfant est atteint
d’une incapacité physique ou mentale de 66% au
moins, le droit au congé parental est prolongé
jusqu’à ce que l’enfant atteigne 8 ans.
Le congé parental peut être pris soit à
plein temps pendant 3 mois, soit à mi-temps pendant
6 mois, soit sur un cinquième temps pendant 15 mois.
La réduction à mi-temps sur 6 mois n’est
pas un droit pour les personnes travaillant dans une PME engageant
moins de dix personnes au 30 juin de l’année
précédente. Dans ce cas, l’accord de l’employeur
est nécessaire. L’employeur peut reporter de
six mois au plus ce congé si le travail le fonctionnement
de l’entreprise le justifie mais il ne peut pas le refuser.
Le congé parental est indemnisé par l’ONEM
à hauteur de 658,34 euros pour une interruption complète.
Le
secteur public offre des possibilités de pause carrière.
Le secteur associatif adopte des règles particulières
selon les Conventions Collectives conclues par secteur d’activité.
Le congé parental peut être allongé dans
certains secteurs ou entreprises par le biais des Conventions
Collectives de travail.
Le
congé pour soins palliatifs : Il s’agit d’un
congé pris pour s’occuper d’un proche atteint
d’une maladie incurable. Il est de deux mois maximum
et donne lieu à une indemnisation.
Le
congé pour assistance médicale : Il s’agit
d’un congé pris pour s’occuper d’un
membre de la famille gravement malade.
Données
III.2.3
- Congé parental, soins palliatifs et assistance médicale

Commentaires
:
L’indemnité
de remplacement (658,34 euros) proposée a été
augmentée en 2005, suite aux revendications des associations
familiales et aux Etats généraux des familles.
Néanmoins, elle reste faible comparativement à
un salaire moyen. Le congé parental à temps
plein ne sera donc attractif que pour les couples où
l'un des deux parents gagne un salaire supérieur à
la moyenne ou pour les couples où le salaire d'un parent
est à peine supérieur à l'indemnité
offerte. Dans le cas d’un parent isolé, cette
formule pourra difficilement être choisie. Pour faire
du congé parental un choix possible pour tous, son
indemnité devrait être calculée de la
même manière que celle du congé de maternité,
soit un pourcentage raisonnable du salaire.
On
constate que c'est le plus souvent la formule du congé
parental à 4/5 temps qui est privilégiée
par les salarié-es. Ceci peut poser des problèmes
dans le cas où le travail à effectuer n’est
pas revu en conséquence, la charge de travail restant
la même pour la personne. Par ailleurs, si la personne
est déchargée d’une partie de son travail
mais qu’ un remplacement n’est pas prévu,
les tâches dont elle est déchargée se
verront attribuées à des collègues qui
souffriront alors d’une surcharge de travail. La formule
du 4/5 temps doit donc être accompagnée d’une
réelle réflexion sur la répartition du
travail dans l’entreprise.
Le crédit-temps et l’interruption de carrière
Principe
Tout
travailleur engagé à temps plein ou au moins
à ¾ temps du secteur privé peut introduire
une demande de crédit-temps lorsqu’il est engagé
dans l’entreprise 12 mois au moins. La demande de crédit-temps
doit se faire par écrit trois mois avant la date de
début prévue. L’employeur peut différer
son accord de 6 mois maximum si ce différemment est
justifié par l’organisation du travail. Le crédit-temps
peut être d’une durée de 12 mois à
plein temps, de 24 mois à mi-temps et de 5 ans à
1/5 temps sur l’ensemble de la carrière.
Dans
le secteur public, la règle est l’interruption
de carrière, réglée par des règles
différentes selon les niveaux (fédéral,
communauté, région, province, commune…).
Voici à titre d’exemple la rège pour les
contractuels des services fédéraux : Un membre
du personnel peut prendre 72 mois d’interruption de
carrière à temps partiel (1/2, 1/3, ¼
et 1/5) sur l’ensemble de sa carrière. Une présence
doit être assurée dans l’entreprise chaque
semaine. Chaque interruption peut durer 3 mois minimum et
12 mois maximum. L'agent qui interrompt sa carrière
à temps partiel en application de ce congé perçoit
son traitement pour les prestations réduites et une
allocation payée par l'ONEm
Données
Le
crédit-temps se répartit de la manière
suivante selon les régions et selon les sexes en Belgique
:
Crédit-temps
- interruption complète

Interruption
complète de carrière-services publics

Crédit-temps
- réduction de prestation

Interruption
de carrière - réduction de prestation
Commentaires
A
nouveau on constate de grosses différences entre les
hommes et les femmes mais aussi, en ce qui concerne le crédit-temps,
entre la région flamande et les autres régions.
La région flamande apporte une augmentation à
l’indemnité perçue. Cette politique amène
plus d’hommes à opter pour la formule.
Les
autres congés permettant la conciliation des temps
D’autres
congés permettant de concilier vie familiale (ou vie
personnelle) et vie professionnelle sont également
prévus par la loi. Il s’agit des jours de :